Le château d’Angers, forteresse des ducs et écrin de l’Apocalypse

Au cœur d’Angers, dressé au-dessus de la Maine, le château d’Angers compte parmi les forteresses médiévales les mieux conservées de France. Loin des châteaux blancs et ornés de la Loire, il impose une silhouette défensive : dix-sept tours massives et près de six cents mètres de courtines de schiste et de tuffeau. Derrière ces murailles se cache pourtant l’un des plus grands trésors de l’art occidental.

Une forteresse au cœur de la cité

Élevée au XIIIe siècle, la forteresse a traversé les siècles en changeant de rôle : résidence des ducs d’Anjou, prison sous l’Ancien Régime, place militaire, avant de devenir aujourd’hui un monument national ouvert à la visite. Le parcours mène du logis royal à la chapelle, des jardins suspendus au chemin de ronde, d’où l’on embrasse toute la ville. C’est déjà, à soi seul, un formidable livre d’histoire à ciel ouvert.

La tenture de l’Apocalypse, un trésor mondial

Dans une galerie construite pour elle en 1954 se déroule la tenture de l’Apocalypse, plus grand ensemble de tapisseries médiévales subsistant au monde. Commandée vers 1375 par Louis Ier d’Anjou, frère du roi Charles V, elle fut tissée à Paris d’après les modèles du peintre Jean de Bruges et achevée en sept ans à peine. À l’origine longue de plus de cent mètres pour quatre mètres cinquante de haut, elle illustre le récit de l’Apocalypse de saint Jean comme une immense bande dessinée médiévale, à lire de gauche à droite : cavaliers, dragons, anges et villes en flammes y déroulent la lutte du Bien contre le Mal.

Son histoire est un roman en soi. Léguée par le roi René à la cathédrale d’Angers en 1480, jugée démodée puis mutilée au XVIIIe siècle, elle fut sauvée in extremis au XIXe siècle et classée monument historique en 1902. Prouesse technique, elle est tissée « sans envers » : son dos, longtemps protégé de la lumière, a gardé des couleurs d’une fraîcheur exceptionnelle. Depuis mai 2023, la tenture est inscrite au registre « Mémoire du monde » de l’UNESCO — une reconnaissance à la hauteur de ses six cent cinquante ans d’histoire.

À (re)découvrir avec Angers Musées Vivants

Un tel chef-d’œuvre se savoure d’autant mieux qu’on en connaît les clés de lecture. C’est tout le sens des visites d’expositions et des conférences que propose Angers Musées Vivants : décrypter les scènes, replacer l’œuvre dans son siècle marqué par la guerre de Cent Ans et les épidémies, et prolonger la découverte au musée Jean-Lurçat, où Le Chant du monde répond à l’Apocalypse médiévale.

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